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Comédie des bas-fonds – Jonathan Cimon-Lambert

Je suis une pensée jugulée dans une boîte à vents

Mon corps poinçonné de sévices regorge de bouches feutrées de silences

Tu ne me reconnais pas

J’avais sur la joue gauche le pli du coquin

Dans la gorge tordue le rire voluptueux de l’impie

Ma pupille transportait la sclérose divine

Je ne craignais le vide ronflant de la caverne bouche bée

*

La chevelure rousse est une relapse qui scande dévotement une prière bilieuse

Selon Elle, la suprême menace est un grondement ricaneur—

l’extrême douleur un vertige qui étire vers le vide les viscères

 

[La séditieuse hurle des vers imprononçables dont les syllabes se disloquent dans

       le poumon tuberculeux.

Le roc même frissonne d’émoi en apercevant sa mâchoire boursoufflée d’une pluie

   millénaire]

 

Une seule poussée t’a fait choir—

Bâfrant les bourrasques tièdes des bas-fonds

le trémolo dans le gosier

tes piteuses lamentations iront vibrer nerveusement dans les gueules indifférentes

Les arêtes lestées d’engelures que j’ai placées sous tes épaules te porteront loin de

l’écho de tes peines

et ne te laisseront désespérer… cette fois-ci…

*

Mains de brasiers ne pouvant cueillir la fleur sapée par le ventre granitique

Refroidies avec amabilité contre l’air convexe

Jamais le regard inféodé aux musiques célestes—

quoique je sois confectionné d’étoiles égarées—

j’avais le creux des oreilles bien empli de terre noire

Tu ne me reconnais toujours pas

Épanoui à chaque fois que mon front ne s’est écrasé contre le dernier vide avant le

premier plafond renversé

Comment se vautrer alors dans l’orgueil stupide de l’être déchu?

*

Tu auras dans tes bras crispés le vol éméché d’une chauve-souris

fière de tournoiements ridicules

forte d’absurdités bariolées en sourires calamiteux

Il percolera sur le fond de tes yeux des gouttes de sang réchauffé :

une risible œuvre pointilliste intimera ta mort sans jamais te convaincre

Tes paupières comme des ponts-levis moyenâgeux s’ouvriront sur le prochain siècle

Tes globes bien refroidis sondant l’abîme apercevront bien plus que du noir

imbriqué dans du noir.

Crois-le. J’étais (après Elle) le premier à embrasser le sourire racoleur du fond des

 fonds à coup de plongeons maîtrisés.

Tu l’entendras parler une deuxième fois bientôt

Son hoquet drolatique est intraduisible pour quiconque vit dans les sourds méandres

de l’insensible

Vois-tu la branche desséchée? C’est le bras qui a foré le roc en tombant—

impuissant et vain il se crispe contre le néant tout en nerfs tendus de racines mortes

Vois-tu le sourcil rocailleux? Cette grotte est le havre de quelque dieu borgne

concoctant le suicide des Autres…

Vois-tu les silhouettes crayeuses anthropomorphes? Mues par des bougonnements

tectoniques elles hèlent le susceptible pendant sa chute…

Avant l’arrivée le hurlement de ton tympan fendu sera ponctué des vagissements de

l’abîme affamé qui t’engloutit…

 

Enfin, n’es-tu pas déjà morte, questionneuse?

As-tu aperçu les sourires flambés qui te sont chers?

Profites-en! Ris! ris! ris sforzando quand tu penses devoir pleurer!

Elle? Aux cheveux roux et aux yeux lancéolés?

C’est l’Oméga sœur d’Alpha.

Je suis son porte-parole : une voix bâillonnée d’une langue étrangère.

Craignant le désœuvrement, Elle hait ce qui n’est pas ce qui naît.