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Éditorial

Quand le projet La bouffe en question a germé au début de l’année 2015, il nous a semblé qu’il s’agissait d’une idée à la fois incontournable, et qui se présentait à un moment opportun. En 2012, William Deresiewicz écrivait dans le New York Times que « ce qui est arrivé n’est pas que la nourriture a mené à l’art, mais qu’elle l’a remplacé ». Le thème de Mediterranea 17 pour la Biennale des Jeunes Créateurs d’Europe et de Méditerranée pour son édition à Milan en 2015, « Terre sans nourriture » (“No Food’s Land”), a montré que, pour la génération numérique, la bouffe est un moyen d’expression idéal. Nous avons tenté de dépasser les lieux communs et métaphores associés aux expressions comme tu es ce que tu manges et l’expression anglaise food for thought pour réfléchir à leur sens littéral. Nous mangeons ce que nous sommes; nous mangeons pour penser; et la nourriture est pensée. Au-delà du lien entre nos identités individuelles et ce que nous mangeons, le numéro 15 de Transverse rassemble des textes qui réfléchissent au rôle de la nourriture dans les communautés, sa relation aux animaux, et aux différents contextes du colonialisme, de la guerre et de l’immigration, ainsi que sa relation au langage.

Dans l’article d’ouverture du numéro, Ophélie Véron montre que les représentations culturelles des animaux atténuent la dissonance cognitive entre notre amour pour ceux-ci et notre désir de les manger. Les deux articles suivants proposent des façons d’explorer l’importance historique et politique de la régulation des habitudes alimentaires chez certaines populations historiquement marginalisées : Kesia Kvill met en lumière la participation des femmes dans la gestion de la nourriture au Canada durant la Première Guerre mondiale, alors que Travis Hay montre que les écrits sur l’alimentation des populations autochtones ont été utilisés pour naturaliser les troubles de santé chez les Autochtones afin d’effacer la violence coloniale imposant un changement à leurs habitudes de vie. Dans l’article suivant, Alissa Tolstokorova montre que, malgré le fait que la transformation des pratiques culinaires soit l’un des défis les plus présents de l’expérience de l’immigration, les connaissances associées à la bouffe deviennent souvent un « capital culturel » qui améliore cette expérience, soit dans le pays d’accueil ou de retour chez soi.

Goûter la littérature, lire des recettes, dévorer un livre ou bien ravaler ses paroles : le goût et la parole sont liés par notre langue et par des connexions conceptuelles entre la communication et la consommation, comme nous le montre, dans son texte, Kimo Reder. Nous espérons que vous contenterez votre appétit en lisant ces articles et que vous savourerez les nouvelles et poèmes qui explorent, tous à leur façon, la centralité de la bouffe dans nos vies.

Ce numéro est le résultat d’un travail d’équipe. Nous sommes reconnaissantes du support reçu par le Centre de littérature comparée de l’Université de Toronto, plus particulièrement de celui de notre directrice, Jill Ross, de la professeure Ann Komaromi, ainsi que d’Aphrodite Gardner, de Bao Nguyen et de notre association étudiante. Nous aimerions remercier Paula Karger et Chloé Brault MacKinnon pour avoir pris en charge les finances et Jeanne Mathieu-Lessard pour son aide précieuse tout au long du processus. Nos éditeurs et éditrices – Benjamin Bandosz, Baharak Beizaei, Sanja Ivanov, Paula Karger, Jeanne Mathieu-Lessard, Simrat Pannu, Catherine Schwartz, Penny Siganou and Nina Youkhanna – ont fait un excellent travail de révision minutieuse de chaque texte. Finalement, nous remercions le Student Initiative Fund and le Dean’s Student Initiative Fund de l’Université de Toronto d’avoir rendu possible le lancement de ce numéro.

Enfin, nous vous encourageons à jeter un coup d’œil à notre appel de textes pour le prochain numéro de Transverse et espérons que vous continuerez de nous suivre !

Élise Couture-Grondin
Markéta Holtebrinck
Éditrices en chef