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Viesions -Trihn Lo

(composition pour voix récitante et musique électronique)

C’est arrivé du dedans, à peu près sous les côtés du thorax, peut-être de l’abdomen ; juste comme une mouche, un insecte plongé dans un liquide huileux, tu suffoquais … suffoquais …

Tu as été près de l’asphyxie.

Oui, comme un insecte. Il suffit de lui placer de l’huile ou un autre corps gras sur les stigmates. L’action des liquides gras sur la respiration de n’importe quel insecte est fort remarquable.

La mort survient entre quelques instants l’occlusion des stigmates de l’abdomen, les seuls du reste servant la respiration pendant le repos, tandis que ceux du thorax ne servent qu’au vol.

C’est pour ça, probablement, qu’on a bouché seulement une partie de ton corps. Tu as senti alors, tu as senti, ce que tu étais pour eux, sous leur œil bête : rien, absolument rien, un néant, et dans ce néant rien, rien … ou presque, et dont l’importance est égale – voyons – à la découverte du tissu graisseux de certains insectes, de cette multitude de petites vésicules qui ne sont visibles que sous le microscope.

Quelqu’un dira qu’au Jardin des Plantes il y a quelque chose comme ça, quelque chose qui regorge apparemment immobile sous la vitre opaline, quelque rareté ressemblante.

Oui, parfait alibi … un vrai rébus pour eux … mais au fond un soulagement …

 

Sous forme de micro-récit porté par une voix-off chuchotée, Viesions (composition pour voix récitante et musique électronique) constituent un premier fragment sonore d’un projet poético-musical, bien plus ample, sur l'hystérie : un ensemble fluide et ouvert, construit comme une sorte d’hypertexte à partir de savoirs fort différents et d’éléments disparates, hétéroclites (traités d’entomologie, études cliniques ou bribes d’énoncés empruntés aux mystiques chrétiens), et dont le montage scriptural, rejoué et réabsorbé dans le flux musico-sonore, s’exhibe comme un corps ventriloque, corps symptomal, hystérique dis/paru dans la somme des discours de l’Autre.